zero-coupure1
Image

À Lomé, quand le déguerpissement de la plage bouleverse le monde des affaires

zero-coupure1
previous arrow
next arrow

À Lomé, le bruit des vagues laisse progressivement place au bruit des engins. Depuis le 1er septembre 2026, les opérations de libération du domaine public maritime ont franchi une nouvelle étape avec la démolition et l’enlèvement des installations irrégulières encore présentes sur les plages du Grand Lomé.

Derrière les bars, restaurants, kiosques, parkings et autres petits commerces appelés à disparaître, il n’y a pourtant pas seulement des constructions. Il y a des histoires de vie.

Il y a celui qui a économisé pendant des années pour ouvrir son petit restaurant. Celle qui vendait des boissons pour payer la scolarité de ses enfants. Le jeune qui travaillait comme serveur. Le conducteur de taxi-moto qui transportait les clients. Le gardien, le cuisinier, le vendeur ambulant ou encore le gérant de parking.

Pour chacun d’eux, la plage représentait plus qu’un simple emplacement commercial : c’était un revenu.

Quand le commerce disparaît, que reste-t-il ?

Les autorités togolaises justifient l’opération par la nécessité de restaurer la vocation publique du littoral, de garantir la sécurité, la salubrité et la protection de l’environnement. Elles ont également relevé l’existence d’installations précaires, d’une insalubrité croissante et d’entraves à la circulation.

Mais sur le terrain, une autre question se pose : que deviennent ceux qui vivaient de ces activités ?

Des exploitants avaient investi dans leurs établissements et employaient d’autres personnes. En février 2026, des tenanciers de bars et restaurants avaient d’ailleurs demandé un moratoire, expliquant qu’un départ brutal risquait d’affecter leurs activités et les emplois qui en dépendaient.

Le problème dépasse donc le propriétaire du bar ou du restaurant. Lorsqu’un établissement ferme, plusieurs revenus peuvent disparaître en même temps.

Et lorsqu’une activité économique disparaît sans qu’une solution de remplacement soit rapidement trouvée, le risque est de voir certaines personnes tomber dans une plus grande précarité.

Du chômage à la vulnérabilité sociale

La perte d’un emploi ne signifie pas automatiquement que quelqu’un deviendra délinquant, toxicomane ou prostitué. Il serait irresponsable de l’affirmer.

Mais la précarité peut fragiliser davantage les personnes qui disposent déjà de peu de ressources.

Le Togo reconnaît d’ailleurs, dans sa stratégie climatique à long terme, que les pertes d’activités économiques liées aux pressions exercées sur le littoral peuvent renforcer la pauvreté et rendre certaines populations, notamment les femmes et les jeunes filles, plus vulnérables. Le document évoque également des risques de déscolarisation, de prostitution et de délinquance dans certains contextes de précarité liés à l’érosion côtière.

À Lomé, la question mérite donc d’être posée avec prudence : si des milliers de personnes perdent une source de revenus, quelles alternatives économiques leur seront proposées ?

Car une plage propre, accessible et sécurisée est une bonne chose. Mais une ville ne peut pas durablement lutter contre le désordre en laissant derrière elle des familles sans moyens de subsistance.

Le littoral doit-il être libéré ou réorganisé ?

Le débat ne devrait peut-être pas se limiter à « partir ou rester ».

Il devrait aussi porter sur l’après.

Que vont devenir les petits entrepreneurs ? Où pourront-ils exercer légalement ? Existe-t-il des espaces commerciaux accessibles ? Les personnes qui ont perdu leur activité pourront-elles être accompagnées vers d’autres métiers ?

Ces questions sont essentielles parce que le littoral constitue depuis longtemps un espace d’activités économiques, de loisirs, de pêche et de restauration à Lomé.

La réorganisation du littoral peut donc être l’occasion de repenser l’économie autour de la plage plutôt que de simplement la faire disparaître.

Une plage vide, mais une économie à reconstruire

Demain, les plages de Lomé pourraient être plus propres, plus accessibles et mieux organisées.

Mais derrière cette nouvelle image, il faudra regarder les visages de ceux qui ont perdu leur activité.

Car lorsqu’un petit commerce ferme, ce n’est pas seulement une enseigne qui disparaît. C’est parfois le revenu d’une famille, les frais de scolarité d’un enfant, le salaire d’un employé ou le projet d’un jeune entrepreneur qui s’effondre.

Le véritable défi pour Lomé ne sera donc pas seulement de libérer la plage.

Il sera de faire en sorte que la libération du littoral ne devienne pas, pour les plus fragiles, une libération de leur seul moyen de vivre.

La question est désormais simple, mais profonde : comment protéger le littoral tout en protégeant ceux qui en dépendaient économiquement ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A lire aussi

Retour en haut