À Lomé, il suffit parfois de quelques heures de fortes pluies pour que certaines rues changent complètement de visage. Les véhicules ralentissent, les motos cherchent leur chemin, les maisons sont menacées et les habitants commencent à surveiller le niveau de l’eau.
Chaque saison des pluies, la même question revient : pourquoi Lomé continue-t-elle de subir autant d’inondations alors que la ville ne cesse de se développer ?
La réponse ne se trouve pas dans une seule cause.
Lomé grandit vite. De nouveaux quartiers apparaissent, les maisons se multiplient, les routes sont aménagées et les espaces autrefois libres sont progressivement occupés. Cette urbanisation est une conséquence naturelle de la croissance de la capitale. Mais lorsque la ville grandit plus vite que ses infrastructures, les difficultés apparaissent.
L’eau de pluie, elle, ne disparaît pas parce qu’une maison ou une route a été construite. Elle doit toujours trouver un chemin pour s’infiltrer dans le sol ou rejoindre les bassins, les caniveaux et les autres ouvrages de drainage.
Or, plus une ville est couverte de bâtiments, de routes et de surfaces imperméables, moins l’eau peut naturellement pénétrer dans le sol. Elle ruisselle alors davantage.
À cela s’ajoute un autre problème : le réseau d’évacuation des eaux pluviales n’a pas toujours suivi le rythme de l’expansion de la ville. Des documents techniques anciens relevaient déjà que certaines parties de Lomé disposaient de réseaux peu structurés, mal répartis ou insuffisamment entretenus.
Et le problème ne concerne pas seulement les caniveaux.
Les déchets jetés dans les rues peuvent obstruer les ouvrages d’évacuation. Les bassins et les canaux doivent également être entretenus pour continuer à jouer leur rôle. Une évaluation de l’Agence française de développement avait notamment relevé des difficultés persistantes liées à la gestion des déchets et à la multiplication des dépotoirs sauvages.
Mais il serait également trop facile de tout mettre sur le dos des populations.
Le climat évolue lui aussi. En juillet 2026, après de fortes pluies ayant provoqué le débordement de plusieurs bassins de rétention, les autorités ont dû intervenir pour accélérer l’évacuation des eaux.
C’est donc tout le système urbain qui est mis à l’épreuve : où construit-on ? Où l’eau doit-elle passer ? Où peut-elle s’infiltrer ? Quelle capacité les caniveaux et les bassins peuvent-ils réellement absorber ? Et surtout, comment entretenir ces ouvrages une fois qu’ils sont construits ?
Le Togo tente aujourd’hui d’apporter des réponses structurelles. Le projet RAINE, entré dans sa phase opérationnelle en 2026, prévoit notamment la construction d’intercepteurs destinés à mieux capter et canaliser les eaux pluviales dans le Grand Lomé.
Mais construire de nouveaux ouvrages ne suffira probablement pas si l’on continue parallèlement à urbaniser sans suffisamment préserver les espaces nécessaires à la circulation et à l’infiltration de l’eau.
L’enjeu est donc plus large que la simple construction de caniveaux.
Il s’agit de penser Lomé comme une ville entière.
Une ville où les routes, les maisons, les marchés, les quartiers, les bassins de rétention, les espaces verts et les réseaux d’assainissement doivent fonctionner ensemble.
Car une ville moderne ne se mesure pas uniquement à ses bâtiments ou à ses routes goudronnées. Elle se mesure aussi à sa capacité à protéger ses habitants lorsque la pluie tombe.
À Lomé, les inondations ne sont donc ni uniquement la faute de l’urbanisation, ni uniquement celle de la pluie, ni uniquement celle des citoyens.
C’est un problème qui se situe à la rencontre de plusieurs réalités : une ville qui s’étend rapidement, des infrastructures qui doivent suivre, des habitudes à changer et des phénomènes climatiques qui deviennent plus difficiles à maîtriser.
La vraie question n’est peut-être plus seulement : « Pourquoi Lomé est-elle inondée ? »
Mais plutôt : « Quelle ville voulons-nous construire pour que, demain, une forte pluie ne devienne plus une menace pour ceux qui y vivent ? »










